La périphérie du réseau
Une majorité de franco-colombiens vie bien “immergée” dans la marée du Pacifique à l’écart des grands centres de la francophonie. Le taux d’assimilation est un des plus élevés au pays. Qu’est ce que l’Internet peut bien y changer?
Les empires se développent en propageant les institutions du centre du réseau vers leur périphérie. Le Colisée célébrait à Rome la distraction des pains et des jeux. L’Académie Française à Paris a consacré la rectitude linguistique. Radio-Canada fait la promotion de notre langue et culture en partance de Montréal. Ces institutions se sont répandues. L’Internet lui, témoigne de notre monde en changement: il n’est de nulle part, se retrouve partout à la fois, n’a ni langue et ni culture. Il échappe ainsi à la mise en boîte facile.
La périphérie représente là où les batailles se livrent pour défendre, solidifier et voire même étendre l’empire. Un endroit où souvent les gens ont pris la décision de vivre. Le centre est par contre le repère de l’authenticité, là où les décisions sont prises, les budgets alloués et les priorités identifiées: le paradis des administrateurs! Les contenus venant de l’extrémité d’un réseau leur sont menaçants. Ceux choisis par le centre leur sont salutaires. Que se passe-t-il quand les contenus ne répondent plus adéquatement aux besoins de la périphérie?
Les deux solitudes à travers l’histoire
Les Romains ont construit en Gaule leurs petits “colisées”. Les Gaulois ont cependant préféré leurs propres institutions à l’image des banquets d’Astérix. Ils ont prospéré et sont devenus des Français fiers et rayonnants. Les légionnaires se sont ou bien gaulifiés ou retournés. Les Français ont agi pareillement plus tard comme arrivants en Nouvelle-France. Une certaine élite s’en est retournée après la Conquête. Au fil des années, les Français devenus Québécois ont similairement trouvé leurs moments de gloire!
Le dramaturge québécois Michel Tremblay a été le premier à explorer les nouvelles formes d’expression, à grincer linguistiquement et à bouleverser l’ordre établi. La francophonie pure de l’époque reconnaissait le Québec comme une terre aride sans intérêt culturel et se préoccupait des contenus venant de la France, ou d’un acabit similaire. Une élite a reconnu que les nouveaux contenus répondaient à de véritables besoins. Les Québécois ont pris confiance en leurs institutions et le reste est maintenant bien connu.
L’histoire des périphéries met en évidence la coexistence de solitudes communiquant mal en raison de leurs rapports avec la langue et le centre du réseau. Ces rapports diffèrent considérablement entre les deux solitudes. Une meilleure compréhension des besoins devient nécessaire.
Et ici en Colombie-Britannique
Une majorité de franco-colombiens travaille presque exclusivement en anglais pendant qu’une minorité peut le faire en français comme si elle était toujours dans un grand centre. A ce sujet, notons l’inaptitude de la formation du quadrillé de légionnaires romains à s’adapter au nouvel environnement de la Gaule d’Astérix. Ou encore celle de l’organisation d’un conseil d’administration à mener des intérêts communautaires progressifs. On remarque qu’une solitude minoritaire contrôle les infrastructures et les contenus. Les deux solitudes s’occupent différemment de toute évidence mais devraient avoir beaucoup à partager.
Il y a aussi le danger des franco-colombiens qui s’assimilent quand leurs infrastructures ne répondent plus à leurs besoins. Le message de “terre aride” hors-Québec a été pendant longtemps politiquement chargé. Celui de travailler complètement en anglais tout en bénéficiant de certains aspects de la culture franco en est tout autant. La menace de “perdre les acquis” devant certains états de fait tabous semble une source de sclérose. Elle n’a pas sa place dans une communauté qui prend confiance.
De nouveaux besoins, contenus et infrastructures
D’une part, l’intégrité linguistique du Québec de l’époque se compare mal avec notre situation marginale d’immergé de la Côte Ouest. D’autre part, la nature humaine s’adapte à toutes sortes de circonstances, que ce soit parmi les quelques arpents de neige ou bien dans notre bruine interrompue d’arcs-en-ciel. Et il y a l’Internet capable de bien bouleverser. Des brins d’espoir de reconnaissance culturelle dans le territoire fertile de la côte gauche tournée vers le Pacifique?
Mais l’Internet est une arme à plusieurs tranchants. Il pourrait immerger la planète entière dans la marée anglophone aujourd’hui et chinoise demain. Il pourrait nous permettre de prétendre que nous vivons toujours dans un grand centre de la francophonie. Ou de façon plus réaliste, répondre à certains besoins pour mieux vivre en français. L’Internet est aussi un outil et les résultats dépendront de l’usage que l’on veut bien en faire.
À nous la parole
Les listes (ou forums) Internet et les blogues représentent des endroits précieux où notre francophonie immergée peut prendre ou donner la bouffée d’air linguistique à travers le quotidien.
La liste franco-cb permet l’expérience d’un réseau de périphérie complètement détaché du centre. On remarque qu’une des deux solitudes s’y exprime peu. Les plus loquaces sont vraisemblablement les plus “immergés” qui ont su garder le besoin. Que ça soit pour développer ou maintenir des contacts communautaires, faire la promotion ou prendre connaissance de services, d’activités et de leur revue, engager occasionnellement des échanges houleux de latins, pratiquer son français, ou même publier une chronique mordante comme celle-ci, la liste peut le faciliter. Et quand les franco-colombiens se rencontrent, ils pourront mieux partager leurs lieux communs, grâce à l’Internet l‘ayant facilité parmi les autres infrastructures menées du centre.
Pour ceux qui préfèrent s’exprimer dans l’anonymat pour mûrir leurs propos, il y a les blogues, ces journaux intimes de l’Internet permettant de partager virtuellement ce qui vous anime. Tout y est permis mais les résultats varient selon l’usage aussi.
Les nouveaux contenus seront reconnus par le centre du réseau quand les besoins de bouffée d’air frais s’y manifesteront. Mais la parole nous appartient entre temps afin d’établir une petite communauté franco-colombienne fière et rayonnante.
Les sites : http://leclub.franco.net/franco-cb, http://www.blogg.org
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"The greatest price of not participating in politics is being governed by your inferiors." Plato
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